Jirô Taniguchi, le plus européen des dessinateurs de mangas
Impossible de ne pas tomber sous le charme des dessins de Jirô Taniguchi, souvent proclamé le plus européen des dessinateurs japonais.
Né en 1947 à Tottori au Japon, il est l'un des premiers dessinateurs de mangas à s'intéresser à la bande dessinée européenne, alors inconnue au pays du Soleil Levant. Son style, très sobre et épuré, contrairement à l'image qu'on a des mangas, est aussi très accessible. Il en est de même pour ses thèmes de prédilection, à la fois touchants et universels : l'enfance, la famille, la nostalgie, la solitude, la lenteur et le zen. Ses histoires sont souvent dénuées de paroles pour laisser place à la contemplation de la nature, du vide et des petits évènements anodins de la vie de tous les jours. Il a été propulsé sur la scène internationale suite à plusieurs prix internationaux dont le prestigieux prix du meilleur scénario pour son roman graphique Quartier Lointain au festival d'Angoulême en 2003.
Sur les thèmes qu'il traite dans ces mangas, Jirō Taniguchi déclare:
« Si j'ai envie de raconter des petits riens de la vie quotidienne, c'est parce que j'attache de l'importance à l'expression des balancements, des incertitudes que les gens vivent au quotidien, de leurs sentiments profonds dans les relations avec les autres. [...] Dans la vie quotidienne, on ne voit pas souvent des gens hurler ou pleurer en se roulant par terre. Si mes mangas ont quelque chose d'asiatique, c'est peut-être parce que je m'attache à rendre au plus près la réalité quotidienne des sentiments des personnages. Si on y pénètre en profondeur, une histoire peut apparaitre même dans les plus petits et les plus banals évènements du quotidien. C'est à partir de ces moments infimes que je crée mes mangas. »Jirō Taniguchi se dit également influencé par le cinéaste Yasujirō Ozu, chez qui on retrouve le même rythme et la même simplicité :
« C'est une influence directe. J'ai été marqué par Voyage à Tokyo et Printemps tardif. Je les ai vus enfant, mais sans en apprécier toute la portée. Je m'y suis vraiment intéressé quand j'avais 30 ans. J'aime l'universalité et l'intemporalité de ses histoires et la simplicité efficace avec laquelle il les raconte. Aujourd'hui, j'y pense à chaque fois que je dessine un manga. »Outre Voyage à Tokyo, Barberousse d'Akira Kurosawa et Le Retour d'Andreï Zviaguintsev sont ses films préférés. De plus, Osamu Tezuka, Utagawa Hiroshige, Edward Hopper, Vincent Van Gogh et Gustav Klimt sont selon lui les cinq plus grands dessinateurs de l'Histoire.
