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Je suis le Ténébreux : 101 avatars de Nerval

À force d'entendre parler d'Avatar (le film, que j'irai voir sûrement), voici une découverte littéraire intéressante. L'auteure Camille Abaclar, présente 101 variantes du célèbre sonnet romantique "El Desdichado" de Gérard de Nerval que voici :

Je suis le Ténébreux, — le Veuf, — l’Inconsolé,
Le prince d’Aquitaine à la tour abolie :
Ma seule étoile est morte, — et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le pampre à la rose s’allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la reine ;
J’ai rêvé dans la grotte où nage la syrène…

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.

La quatrième de couverture du livre, intitulé pour sa part "Je suis le ténébreux, 101 avatars de Nerval" indique :

Comment "El Desdichado", célébrissime sonnet de Narval, a-t-il pu inspirer Rabelais ou Villon ? Saviez-vous que les formes poétiques sous lesquelles se cache notre héros vont du haïku au rondeau ? Pensez-vous qu'un sonnet puisse être circulaire ou carré ? Le ténébreux était il marié ? Camille Abaclar dévoile les secrets de ce Fregoli insoupçonné et multiplie les métamorphoses, alliant virtuosité et humour, rigueur et fantaisie.

On retrouve alors 101 variantes du même sonnet, dont une version en québecois! et une version en insultes!! que j'aimerais bien lire. La liste de toutes les versions avec quelques exemples est consultable ici. Un exercice littéraire intéressant et rafraichissant pour tous les âges.

Hermann Hesse - Le Loup des steppes

 4 mai 1931,

Cher Monsieur R.B.

[…] Il ne me serait pas possible de laisser votre lettre sans réponse. Je vois les choses à peu près ainsi: il n’est pas exact de dire que l’on ne peut pas vivre d’après les principes dont je me suis fait le défenseur. Je ne prends fait et cause pour aucune doctrine constituée dont les formules seraient définitives, je suis l’homme du devenir et des métamorphoses […].

Vous ne pouvez certainement exiger que je témoigne de plus de foi dans la vie que je n’en ai moi-même. A plusieurs reprises, j’ai exprimé avec force ma conviction qu’une vie véritable, réellement digne d’être vécue est tout à fait impossible à notre époque et dans notre milieu intellectuel. Si malgré tout je suis encore en vie, si notre temps, avec son atmosphère de mensonge, de cupidité, de fanatisme et de barbarie ne m’a pas tué, je le dois à deux circonstances heureuses: d’abord à l’important héritage d’affinités avec la nature dont je suis le dépositaire, ensuite au fait que, si je me pose en accusateur et en adversaire de mon époque, j’arrive malgré tout cela à rester productif. Sans cela, je ne pourrai pas vivre et, même ainsi, mon existence ressemble souvent à un enfer.

Ma position à l’égard du monde actuel ne changera plus beaucoup. Je ne crois pas à notre science, ni à notre politique, ni à notre façon de penser, de croire, de nous divertir, je ne partage pas un seul des idéaux de notre temps. Mais je ne suis pas pour autant un homme sans foi. Je crois aux lois de l’humanité, vieilles de plusieurs millénaires, et je crois qu’elles survivront à tous les troubles de notre époque.

[…] Avec le secours de cette foi, on peut non seulement supporter la vie, mais encore triompher du temps. […] Reprenez plutôt, quand vous auriez lu ma lettre, n’importe lequel de mes ouvrages et voyez encore une fois s’il ne s’y trouve vraiment pas, ici et là, les éléments d’une croyance à partir de laquelle il serait possible de vivre. […] Ma tâche ne consiste pas à donner aux autres ce qui est objectivement le meilleur, mais à leur donner ce qui m’appartient en propre (ne serait-ce qu’une douleur, qu’une plainte) et à le faire d’une manière aussi pure et sincère que possible.

Hermann Hesse - Ausgewählte Briefe

Cette lettre figure en préface du Loup des steppes. Un roman initiatique que je recommande à toute personne qui s'intéresse à la vie, au sérieux, à l'humour, à l'amour, aux contrastes, à la solitude, à la spiritualité, au suicide, à la postérité, à l'immortalité, au monde contemporain, à l'identité, à la profession de foi, au fantastique, à la magie, à l'opium, à la souffrance, au masochisme, à Freud, à Jung, à Mozart, à la musique, au fox-trot, à Goethe, à la guerre, à la politique, à la littérature, à la liberté...(vous avez compris).

Thomas Mann a dit à propos du Loup des steppes : "Ce livre m'a réappris à lire."

Je dirai simplement que ce livre m'a marqué.